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Les 12e Assises de l'économie de la mer



       Les 12e Assises de l'économie de la mer se sont déroulées à La Rochelle les 8 et 9 novembre.
Quelque 1 500 acteurs du monde maritime ont suivi les 25 conférences et ateliers réalisés par une soixantaine d'intervenants traitant divers sujets maritimes d'actualité tels que les problématiques portuaires, les enjeux maritimes du Brexit, le shipping européen, les nouveaux moyens de la marine nationale, l'essor de la croisière, le développement du gaz naturel, la plaisance, la pêche, la place de la mer dans l'Education nationale…
Mais l'évènement phare des Assises a été la venue de François Hollande, car c'est la première fois qu'elles ont accueilli un président de la République.

L'allocution du président de la République

Poursuivant un tour de France aux allures de pré-campagne électorale, le Président a commencé par défendre l'action de son gouvernement qui, selon lui, aurait fait «progresser le maritime dans toutes ses dimensions : la pêche, les ports, l'environnement, l'aquaculture, les énergies marines, la plaisance, l'industrie et la recherche».
Proclamant son soutien aux professionnels du monde maritime, il a multiplié des annonces que le milieu maritime eût préféré entendre au début de son quinquennat.
Pour autant, pas de grandes annonces, si ce n'est de reconquérir le transport de conteneurs pour «faire de la France, à l'horizon 2030, le premier port de l'Europe», ou, évoquant pour la première fois les marins, «sans lesquels notre flotte ne pourra être compétitive et performante», il a souhaité organiser une conférence européenne pour les «protéger du dumping social».
 
Au sujet du financement de la SNSM, il a déclaré que «cette société doit disposer des moyens financiers indispensables à son action». «Les financements seront trouvés» a-t-il ajouté, annonce qui n'a toutefois pas masqué l'inquiétude du président de la SNSM, très prudent devant les engagements présidentiels(1).
Le Président a terminé sa longue allocution en annonçant la création d'une filière maritime, comme il existe une filière énergétique ou de l'espace. «Il faut avoir la même ambition, c'est-à-dire créer un ensemble cohérent qui contribue à l'avenir de la France».

Les déclarations de quelques acteurs du «maritime»

Alain VIDALIES
Le secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche a rappelé les mesures prises lors du précédent Cimer à Marseille le 4 novembre, en présence de huit ministres.
Parmi celles-ci figurait le dragage d'entretien des ports, dont l'Etat n'assurait plus que 59 % des dépenses, alors que légalement il devrait en assurer la totalité. 56 millions d'euros de crédits supplémentaires leur seront donc attribués, décision très attendue.
Concernant la feuille de route de l'application de la loi Leroy sur l'économie bleue, à propos de laquelle le président de la République avait indiqué que «80 % des décrets» seraient pris d'ici la fin de l'année, Alain Vidalies en a précisé le détail : «je me donne jusqu'à la fin de l'année pour avancer sur le décret concernant la flotte stratégique. Ce n'est pas une question théorique, c'est une question de souveraineté».
Il n'a pas écarté, par ailleurs, les problèmes de financement pour le renouvellement de la flotte française. «On se heurte à la difficulté de trouver une réponse dans le secteur financier traditionnel. Il y a eu une perte d'engineering par le secteur bancaire sur le financement du maritime car il n'y avait pas de demande», a-t-il souligné tout en précisant que les choses avançaient. «Il y a des dispositions dans la loi sur l'économie bleue qui assouplissent les règles pour la pêche notamment». Un secteur pour lequel Alain Vidalies ne juge pas inquiétant l'arrivée de capitaux étrangers dans les armements français.
 
«Ce qui m'intéresse, c'est l'emploi des marins français, le développement économique de la filière. La nationalité des capitaux n'est pas, en soi, un risque majeur pour la pêche».
A la question du phénomène de saturation et d'empilement des textes pour la protection du milieu marin, le secrétaire d'Etat a souligné que beaucoup de ces documents n'avaient pas de «caractère normatif». Il a admis toutefois que toutes ces procédures prenaient du temps. «Il faut avoir des procédures regroupées. Le gouvernement y travaille au travers du permis unique. Il faut aussi des procédures de simplification».

Vincent BOUVIER
Le Secrétaire général de la mer (SG Mer), entré en fonction depuis quelques mois, a souligné les principaux axes qui orientent son action. Investi d'une fonction régalienne qui consiste à la fois à animer l'action de l'Etat en mer et à assurer la gestion de la fonction garde-côtes, le Secrétariat général de la mer a également une vocation de coordination des politiques maritimes de la France.
Soulignant le rôle d'interface que le SG Mer entend jouer avec le secteur privé, il souhaite créer une coordination avec les professionnels. Celle-ci doit se décliner en trois étapes : «la connaissance, les propositions et la décision politique». Une dernière étape, selon lui «une courroie de transmission», qui consiste à défendre les propositions auprès des pouvoirs publics. Il doit également ouvrir des dossiers d'importance : Interrogé sur l'évolution de la fonction garde-côtes en Europe avec la montée en puissance du terrorisme, le SG Mer commente : «Il faut savoir s'adapter aux menaces. Aujourd'hui, on coordonne nos moyens maritimes et terrestres, mais nous nous situons dans un contexte budgétaire contraint. 1 500 hommes seront demandés demain. L'agence européenne va devoir affréter. Il y a donc des bateaux à construire».
Il ajoute que le programme BATSIMAR dont l'échéance est fixée à 2024 doit être accéléré.

Gildas MAIRE
Le président d'Armateurs de France faisait partie, en compagnie d'Arnaud Leroy, d'une table ronde concernant le shipping européen. S'exprimant au sujet de la constitution d'une flotte stratégique «qui aille au-delà de la flotte pétrolière», il a déclaré : «Ce que nous voulons, c'est qu'elle contribue au maintien des filières. Si CGG, dont le premier actionnaire, BPI France, est public, venait à réarmer des navires, on ne comprendrait pas qu'ils ne soient pas sous pavillon français». Il a insisté sur le savoir-faire maritime français, assurant que «le métier d'officier de marine marchande est stratégique. Il essaime ensuite partout : au siège des compagnies maritimes, chez les assureurs, les banquiers, les courtiers. L'ENSM est au cœur des savoir-faire, mais nous avons besoin d'un Erasmus maritime. Les jeunes navigants doivent pouvoir être formés sous n'importe quel pavillon sans perdre leur statut ENIM».

D'autres acteurs du «maritime» et non des moindres, ont pris part à différentes tables rondes. Parmi ceux-ci : Jean-Marc ROUE, président de Brittany Ferries, à propos des enjeux maritimes du Brexit, craint que la chute de la livre sterling n'entraîne une augmentation des coûts et une baisse des revenus. «Sur 2,5 millions de passagers que la compagnie transporte, deux millions sont Britanniques. Notre chiffre d'affaires est constitué à 80 % de livres sterling, alors que les coûts de la compagnie sont, eux, payés à 80 % en euros».

Jean-Emmanuel SAUVEE, président du Ponant, et Patrick BOISSIER, président du GICAN, ont participé à une table ronde sur «l'essor de la croisière, moteur des industries navales».

Les prochaines Assises de l'économie de la mer auront lieu les 21 et 22 novembre 2017 au Havre.

(1) : Le budget national de la SNSM se monte à 27 M€ financés à 82 % par des ressources privées (dons) et à 18 % par des ressources publiques. Aussi se pose la question de la pérennité des financements alloués à la SNSM, pour lesquels l'association n'a aucune visibilité «puisque on ne sait pas combien cela peut nous rapporter et sous quel délai» a déclaré le président de la SNSM.

René Tyl
Membre de l'AFCAN
Sources :
Le Marin
Newsletter du marin
L'Antenne
Marine et Océans
Armateurs de France
Photos du Marin et des Assises de l'économie de la mer de La Rochelle
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